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Le changement vu par les jeunes

  Lors d’une de mes interventions dans une école supérieure de RH et de Commerce de Paris, j’ai eu l’occasion de faire réfléchir et travailler des étudiants de dernière année sur la notion du changement : changement en entreprise, mais aussi changement social, changement personnel, changement politique.

Dans ce cadre, par un frileux vendredi matin de novembre, devant une vingtaine de jeunes gens mal réveillés et engourdis par le froid, je me demandai comment faire pour sortir mon auditoire de cette apathie qui finissait par m’atteindre moi aussi.

 Alors, inspirée par le fait que nombre d’entre eux arrivaient régulièrement à mon cours avec un journal manifestement déjà parcouru à la main, j’ai eu envie de leur laisser champs libre et je leur ai proposé la consigne suivante :

« Répartissez-vous en deux groupes et que chaque groupe trouve un thème d’actualité qu’il aurait envie de traiter.

Ensuite, vous vous interrogerez et tenterez de répondre à la question suivante : « Qu’est-ce que cet évènement va changer dans un an, dans 5 ans et dans 10 ans, pour la société dans son ensemble, pour les entreprises, pour mon métier (RH) et pour moi personnellement ? ». »

 Les étudiants se mirent rapidement d’accord pour traiter les deux thèmes suivants :

       La crise financière ;

       L’éventualité de l’élection de Barack Obama à la présidence des USA.

 Durant une heure, je les laissai débattre et échanger entre eux.

Ensuite, chaque groupe nomma un porte-parole qui présenta les résultats et réponses obtenus.

Le premier groupe avait réfléchi sur ce que la crise financière allait amener comme changement.

Le futur imaginé par les étudiants par rapport à ce thème était apocalyptique.

A un an, l’appauvrissement de la société s’amorçait, les entreprises se mettaient à licencier, les chargés de RH servaient uniquement à licencier et à traiter des plans sociaux, chacun voyait son pouvoir d’achat diminuer.

A 5 ans, ces phénomènes s’accentuaient : la société se mettait à régresser, les taux de chômage explosaient, les entreprises toutes puissantes pressuraient leurs employés, les chargés de RH géraient leurs propres licenciements et individuellement, le « chacun pour soi » s’installait.

A 10 ans, la société occidentale avait gravement régressé, les menaces de guerre civile se profilaient, les entreprises étaient revenues à des pratiques de gestion humaines d’avant-guerre, le métier des RH n’avait plus de sens, non plus que la notion de carrière individuelle ; le « struggle for life » était la loi dominante.

 

Le second groupe avait bâti sa prospective sur l’éventualité de l’élection d’Obama. D’emblée, le porte-parole du groupe a annoncé qu’ils avaient décidé de partir du principe qu’Obama avait été élu.

A un an, le nouveau président avait amorcé une politique sociale et économique plus égalitaire et plus humaine, basée sur un accès large et indifférencié aux avantages sociaux et économiques ; les entreprises commençaient à modifier leur mode de fonctionnement notamment en pratiquant moins de discrimination et en facilitant l’accès aux soins de santé ; les RH étaient chargées de mettre en place ces politiques ; individuellement, chacun sentait que cette politique pouvait s’étendre hors des Etats-Unis et avoir des effets bénéfiques ailleurs.

A 5 ans, de plus en plus de non blancs accédaient à des postes politiques et économiques importants ; la discrimination perdait de plus en plus de terrain et ces effets touchaient d’autres pays en Europe ou en Afrique ; les entreprises devenaient moins centrées sur les profits immédiats et mettaient en place des politiques sociales basées sur le développement durable et le respect humain ; individuellement, chacun pouvait trouver une place plus confortable et correspondant à ses aspirations dans l’entreprise et la société.

A 10 ans, les effets de la politique des Etats-Unis s’étaient étendus dans le monde : diminution des inégalités, réhabilitation des noirs, impacts positifs sur les états du Tiers Monde, politiques sociales plus généralisées, changement des valeurs : plus d’égalité entre tous les humains, accession à plus de confort et de respect pour chacun, mise en place d’actions de développement durable et social, solidarité et construction donnant du sens à une vie sociale revitalisée.

 

A l’issue des présentations, les étudiants avaient pris conscience de l’opposition radicale de leurs visions : cataclysme et régression d’un côté ; espoir et réalisation de l’autre.

Je leur demandai alors comment ils expliquaient cette situation : qu’est-ce qui les avaient conduit dans les directions qu’ils avaient choisies ? Pourquoi ces conclusions ?

 

Le débat qui suivit fit ressortir plusieurs choses :

Le premier groupe était parti du principe que les médias avaient sans doute raison, voire sous-estimaient la crise et que seul le pire pouvait arriver.

Le deuxième groupe, lui, avait dès le départ choisi la position qu’ils espéraient : l’élection d’Obama. Il se sentait en cela en phase avec ce qui était pressenti par les journaux et les différents analystes médiatiques.

Les deux groupes avaient ensuite suivi la « tendance » qu’ils sentaient : la peur pour le premier groupe, l’espoir pour le second.

Le premier groupe se sentait miné par ses propres conclusions ; le deuxième groupe a fini son exposé heureux et serein ; le premier groupe se sentait mieux après le second exposé (d’ailleurs, le premier groupe a applaudi le second à la fin de son exposé !).

 

Leurs conclusions :

       Les médias ont énormément d’influence sur nous !

       Il vaut mieux partir de l’espoir que de la peur.

       C’est notre vision du monde qui permet de le construire.

       Nous avons besoin de croire en quelque chose de meilleur.

  Ces étudiants nous démontrent ici comme le changement et la façon dont nous l’envisageons, dont nous le menons, est dépendante de nombreux facteurs, tant externes qu’internes.

Il n’est pas naturel de changer, de « sortir des rails ». Nous avons plutôt tendance à continuer l’existant.

Réfléchir et analyser sont donc des exercices indispensables pour envisager le changement, pour comprendre que rien n’est jamais figé, que nous pouvons changer les choses si nous nous donnons la peine de sortir du chemin tracé.

Partir de l’idée du pire génère la peur et rend plus difficile la plasticité mentale alors que positiver permet d’élargir son horizon et d’aller vers ses valeurs.

 Et surtout, ces jeunes gens nous montrent combien échanger nos points de vue est un fantastique facteur de progrès et d’évolution.

Karin ROLAND